Orange e‑LIGUE 1
Saison 2018 - 2019

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Mahmoud Gassama, plus connu sous le surnom de Brak, est l’une des figures de la montée de l’esport en France. Investi depuis plusieurs années dans la discipline, il anime désormais, avec son ami Bruce Grannec, le Mag de l’Orange e-Ligue 1 sur beIN SPORTS. Et dresse le constat de la montée de la e-compétition dans l’Hexagone.

Quel impact les commentaires peuvent-ils avoir sur les performances des joueurs, à ton avis ?

Je me suis toujours posé la question. On pourrait facilement imaginer que les joueurs ressentent une certaine pression ou se nourrissent de nos commentaires. Parfois, Bruce, avec sa grande expérience de la compétition, donne inconsciemment des conseils. Il arrive tout le temps à pointer ce qui ne va pas dans le jeu, et le fait de le dire avec les joueurs à côtés, ça peut paraître comme une aide. En définitive, je pense que les joueurs arrivent à faire le vide quand ils jouent ce genre de matchs. Le jeu leur demande tellement d’attention que le commentaire devient presque un bruit de fond. C’est un son avec lequel tu composes. J’espère du moins que ça ne dérange pas les joueurs. Ce n’est pas l’effet recherché. Ce genre de conditions, ça forge une force mentale.  

 

Le mental, c’est ce qui fait la différence à ce niveau-là ?

Nous, on a vu des joueurs perdre le match avant que la partie ne commence. Ils n’étaient pas forcément contents des conditions de jeu alors que leurs adversaires ne s’en préoccupaient pas en restant dans leur bulle. Il est vrai que dans FIFA, et sans doute dans le sport en général, les joueurs ou équipes arrivent à un tel niveau technique et stratégique, que la différence se fait souvent sur des détails. C’est souvent le joueur qui parvient le mieux à s’adapter aux conditions et à l’ambiance qui est le meilleur. Tu dois réussir à te fondre dans une ambiance, et si tu n’arrives pas à te coller à ce moule, tu vas vraiment avoir du mal à aller au bout.

 

Tu viens de faire une légère dichotomie entre FIFA et le sport professionnel. Pourquoi penses-tu que FIFA a du mal à être vu sous le prisme du professionnalisme ?

J’en suis convaincu : maintenant, les gens ont compris ce qu’est l’esport, qu’il existe ce courant, que des personnes font de la compétition sur des jeux vidéo. Ça a mis du temps avant de faire comprendre ce truc, que c’est sérieux et pas que de l’amusement. Il y a des entraînements quotidiens, des structures qui investissement pas mal d’argent là-dedans, donc le soucis est culturel. Les gens n’ont pas forcément envie de venir regarder de la compétition toute la journée sur un jeu. Si tu leur proposes un programme qui va durer deux heures avec quatre matchs, je ne pense pas qu’ils resteront pour plus d’une rencontre, par simple curiosité. Il y a aussi un problème générationnel, entre celle de la télévision et celle qui va directement chercher l’information sur internet. Une transition doit donc s’opérer bientôt puisque ce sera très dur d’essayer de convaincre définitivement cette génération télévision.

 

Tu parles d’un « soucis culturel ». Serait-il très Français, ce soucis ?

On est un pays qui aime la modernité, en ayant oeuvré pour les nouvelles technologies, jeux vidéo compris, notamment grâce à Ubisoft qui est en partie Français. On a des talents qui peuvent vraiment faire avancer les choses. On a simplement l’impression de se répéter, de devoir expliquer à la génération dont je parlais, année après année, que oui, on joue sur FIFA, que l’on est payé pour ça. Ce n’est pas forcément culturel Français, mais plutôt une différence de culture entre deux générations.

 

Quel avenir prédis-tu à la discipline ?

Je pense néanmoins que ça va continuer à gonfler. L’esport explose mais il faut garder les pieds sur terre et ne pas investir sur tout et n’importe quoi. Il faut laisser ce courant aux gens qui s’y connaissent et qui savent comment ça fonctionne vraiment. Déjà, je crois beaucoup en Twitch. Il y a beaucoup de gaming diffusé sur cette plateforme, mais pas que. Il y a aussi de la libre antenne, des streamings de tournois de poker… Du coup, je ne me dis pas que l’esport a besoin de la télévision pour avancer. Avec d’autres moyens, sans oublier les traditionnels évidemment, je pense que ça va continuer à grandir.